Compte-rendu de la Table ronde « Compétences, audace et créativité : sommes-nous dans l’coup ? »

Rédaction : Hélène Moisan

Du 31 octobre au 2 novembre dernier se tenait à Montréal le premier Congrès des professionnels de l’information. Cet événement, organisé conjointement par la CBPQ, l’ASTED et la SEC-SLA, rassemblait divers acteurs du milieu de l’information du Québec. Le congrès fut l’occasion de croiser plusieurs professionnels du milieu académique, notamment lors des conférences du Colloque BES (Bibliothèques d’enseignement supérieur). La matinée du mardi 1er novembre a d’ailleurs été consacrée à une table ronde sur la capacité des bibliothèques à affronter les nouveaux défis, dans un contexte d’innovation. Cette thématique s’inscrivait parfaitement dans celle du Congrès : Bibliothèques et sociétés en mutation.

 

Les panélistes de la table ronde provenaient de milieux variés, et ont présenté une grande diversité de pratiques et d’idées. Étaient rassemblés : Pierre-Luc Brosseau, technicien en documentation à l’Université du Québec à Montréal ; Isabelle Laplante, bibliothécaire professionnelle au Centre de documentation collégiale ; Guylaine Beaudry, directrice et bibliothécaire en chef à l’Université Concordia et finalement, Laurent Simon, professeur agrégé au département d’entrepreneuriat et d’innovation de HEC Montréal.

 

La discussion fut lancée par une question demandant de choisir une compétence clé à développer en tant que professionnels de l’information, parmi une liste d’incontournables identifiés dans un article du Library Journal publié en mars dernier. Pierre-Luc Brosseau et Isabelle Laplante ont tous deux souligné la communication et la collaboration lors de leurs interventions. Tous les invités se sont cependant entendus sur l’importance de l’innovation, concept qui fut d’ailleurs au cœur des échanges de cette table ronde. Guylaine Beaudry a mentionné la nécessité de marier cette compétence avec celle de la pensée critique, dans une approche en mode projet (en indiquant au passage que les formations du type PMI seraient extrêmement pertinentes). Laurent Simon, quant à lui, a précisé qu’il faut faire plus que simplement être créatifs : il faut expérimenter, multiplier les essais, et accepter l’erreur. Cette recommandation s’inscrit dans la même veine que celle de madame Laplante, qui notait l’utilité du leadership pour « poser les questions difficiles, écouter les réponses et passer à l’action ». Les échanges sur cette question se terminèrent avec les propos de monsieur Simon, signalant que l’innovation doit se construire à partir d’une identité et d’une mission.

 

La deuxième question de la table ronde portait sur les usagers, à savoir si les milieux sont à l’écoute des clientèles et si des solutions innovantes sont proposées à celles-ci. Monsieur Brosseau a d’abord rappelé l’impact du contact avec les étudiants et à quel point il est primordial d’aller à leur rencontre. Madame Beaudry a renchéri sur ce point en mentionnant que les clients ne viendront pas, pour la plupart, directement à la bibliothèque pour exposer un besoin, que ce dernier s’exprimera en fait lorsque de l’aide est proposée par les employés de la bibliothèque. D’ailleurs, madame Beaudry préfère utiliser les termes « professeurs » et « étudiants » plutôt que « clients ». Cette conception rejoint celle de Laurent Simon qui insiste sur l’ajout d’un S au terme « clientèles » dans les bibliothèques, pour s’assurer de bien définir l’utilisation qui en est faite ou qui est attendue par les groupes fréquentant les locaux et les collections. Pour ce qui est de l’offre d’innovation, Guylaine Beaudry explique : il ne faut pas attendre un budget, il faut prendre une idée et la promouvoir pour créer un engouement et un besoin chez les usagers, ce qui finira par interpeller des décideurs, qui verront alors l’intérêt de financer le projet. Dans le même ordre d’idées, monsieur Simon affirme que l’innovateur a la charge de la preuve. Il lui incombe de faire preuve de leadership pour porter son idée. Ainsi, « convaincre » est une composante importante dans l’innovation : au travers d’un processus de « valuation » on produit des hypothèses de valeur, qu’on doit ensuite argumenter, puis communiquer.

 

La troisième question portait sur le caractère des bibliothèques en matière de technologies. Dans l’ensemble, on retient des discussions que nos milieux sont souvent proactifs pour l’implantation des nouvelles technologies, surtout à cause du rôle d’intermédiaire et de formateur des professionnels en bibliothèques. Toutefois, on note deux points pour lesquels les milieux documentaires sont plus réactifs que proactifs dans ce domaine : la dépendance envers les experts des technologies de l’information et la lenteur d’adaptation des lieux physiques à la nouvelle réalité numérique des collections. On rappelle à plusieurs occasions dans ce segment l’importance de la collaboration au sein des organisations, entre celles-ci, mais aussi avec des spécialistes d’autres domaines.

 

La dernière question débattue à la table ronde visait à déterminer des environnements ou des styles de gestion s’étant révélés utiles pour favoriser l’audace et la créativité. Ce questionnement est inspiré d’un article de la revue Gestion, traitant de la création d’environnements propices à l’innovation. Monsieur Simon a identifié trois pratiques à encourager : créer un environnement de travail où l’on communique, miser sur la veille comme fondement pour s’informer et générer des idées et enfin, concevoir l’innovation comme une tâche à part entière et non pas comme une activité que l’on fait lorsque tout le reste est réglé. Toutefois, Guylaine Beaudry a souligné que l’innovation ne doit pas avoir priorité sur les opérations. Pour ce faire, elle a proposé une méthode de gestion grâce à laquelle chaque membre de l’équipe contribue aux projets d’innovation, sans pour autant délaisser complètement ses tâches. Pour sa part, Isabelle Laplante a mentionné la nécessité de documenter les avancées, notamment par la recherche-action et la force du travail en communautés de pratique et d’intérêt. Laurent Simon a d’ailleurs indiqué que les communautés d’innovation ont vu le jour par un croisement des communautés de pratique et d’intérêt. Pierre-Luc Brosseau a, quant à lui, rappelé l’importance de sortir des locaux des bibliothèques et d’aller à la rencontre des autres départements et services, recommandation partagée par madame Beaudry qui privilégie un contact quotidien avec les étudiants. Enfin, on a mentionné à nouveau l’inévitabilité de l’échec, monsieur Simon conseillant d’utiliser la méthode de la « pépinière » en instaurant beaucoup de petites initiatives simultanément, pour « échouer tôt, et à faible coût », tout en augmentant les chances qu’un projet réussisse.

 

La période de questions avec le public a permis d’aborder plusieurs sujets variés en fin de rencontre. Ainsi, Laurent Simon a exposé le modèle d’effectuation, une méthode de développement de projet à combiner avec la « valuation ». Il s’agit d’une pratique réflexive encourageant l’apprentissage par l’action, qui s’effectue en cycles courts et mobilise rapidement les publics ciblés. Puis, monsieur Brosseau fut questionné par rapport à l’utilisation des techniciens dans les organisations. La situation actuelle pourrait être améliorée, notamment en ce qui concerne les projets de grande envergure, dans lesquels ils s’impliquent plus rarement. Une plus grande inclusion aurait un impact sur la motivation de ces employés. Isabelle Laplante a d’ailleurs signalé qu’il serait avantageux pour les équipes de se réapproprier les missions de leur milieu, pour partager un même langage et participer à l’atteinte d’un but commun.

 

La table ronde s’est terminée sur une intervention de Laurent Simon à propos de la reddition de comptes qui peut être financière ou idéologique. Il a relevé que, dès maintenant, il est essentiel de se demander pour qui et pour quoi on innove.

 

Dans l’ensemble, ce fut une table ronde éclairante, inspirante, critique, et très intéressante. Les professionnels des milieux académiques sont déjà bien ancrés dans l’innovation. Naturellement, des défis d’envergure attendent les bibliothèques d’enseignement supérieur, mais avec des penseurs (et des acteurs !) de la trempe des panélistes, l’avenir est stimulant.

 

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Auteur : CAPAL EBSI

La CAPAL-EBSI veille au développement professionnel et aux intérêts des étudiant(e)s de l'EBSI intéressé(e)s par la bibliothéconomie universitaire.

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