Rencontre avec Marie-Ève Ménard

Entrevue et rédaction : Marie-Hélène Lamy et Hélène Moisan / Révision : Isabelle Bastien

En octobre dernier, nous avons rencontré Marie-Ève Ménard, bibliothécaire à l’Université de Montréal, dans les disciplines d’histoire et d’histoire de l’art. Cette entrevue, la première de plusieurs, nous l’espérons, nous a permis de rencontrer une professionnelle de l’information œuvrant en milieu universitaire, et de partager avec vous ses expériences, conseils et impressions. Voici donc, de manière abrégée et résumée, les propos qui ont été échangés lors de cette rencontre. 

  1. En tant que bibliothécaire universitaire, quels sont votre mandat et vos fonctions ? Quelles sont les relations que vous entretenez avec les étudiants, professeurs, chercheurs et collègues ?

Les tâches de Marie-Ève Ménard sont très variées. Elle effectue entre autres de la formation documentaire auprès des étudiants, crée des guides, fait de la référence et développe les collections. Elle soutient aussi les professeurs et étudiants à plusieurs étapes de leurs recherches : « faire en sorte que les gens se sentent bien ici, qu’ils trouvent quelque chose, qu’ils ne soient pas seuls ». Cependant, dans le cas des étudiants, cette aide doit rester à l’intérieur de la mission pédagogique de l’université, afin que les étudiants développent leurs compétences informationnelles. Afin de soutenir ces fonctions diverses, une veille informationnelle est de rigueur, autant pour développer ses connaissances en tant que bibliothécaire que pour faire circuler l’information dans les départements. Les derniers développements en bibliothéconomie constituent aussi un sujet important à surveiller pour Marie-Ève. Finalement, en dehors de ses tâches quotidiennes, des mandats spéciaux lui sont aussi soumis, dont : superviser des stages, préparer des journées de réflexion et contribuer à des expositions.

  1. Quel est votre parcours académique et quelles expériences vous sont les plus utiles dans votre poste actuel ?

Marie-Ève a complété un baccalauréat en histoire de l’art et a entamé un baccalauréat en arts visuels avant de se tourner vers la maîtrise en sciences de l’information à l’EBSI. Après une première année de cours, elle développe le goût de la référence pendant son travail d’été, au Musée des civilisations à Gatineau (aujourd’hui le Musée canadien de l’histoire). Pendant sa deuxième année, elle travaille à la bibliothèque de HEC Montréal tout en effectuant un stage à la Bibliothèque interculturelle de la ville de Montréal. En animant des activités de médiation pour les jeunes, elle a grandement apprécié cette expérience, mais avait des préférences pour d’autres clientèles. Elle était attirée par le travail en milieu universitaire, à cause des demandes beaucoup plus spécifiques et spécialisées et de la relation avec les chercheurs. Après plusieurs contrats à l’Université de Montréal, elle obtient le poste de bibliothécaire disciplinaire en histoire de l’art et en histoire. Pour certains postes, par exemple ceux au secteur d’acquisitions, demandant d’avoir complété 12 crédits en informatique documentaire, Marie-Ève a suivi deux cours dans cette discipline, après sa maîtrise. Pour se familiariser avec la discipline d’histoire, elle a aussi, de son propre chef, assisté à quelques cours sur le sujet. Cependant, elle nous rassure : en tant que bibliothécaire disciplinaire, il faudra probablement accepter de vivre un sentiment d’imposture en soi, au regard des disciplines que l’on sert.

  1. Quelles compétences jugez-vous nécessaires pour occuper un poste de bibliothécaire universitaire ? Avez-vous remarqué certaines lacunes de la formation universitaire, en regard des compétences à développer ?

Marie-Ève a défini six qualités qui lui semblent fondamentales pour les bibliothécaires en milieu universitaire :

  • La curiosité. Il faut pouvoir bien comprendre le besoin de l’usager et le contexte pour ainsi mieux y répondre adéquatement.
  • La persévérance. Il faut avoir la volonté d’aller jusqu’au bout des requêtes et des recherches, même (surtout !) pour les sujets qu’on ne connaît pas, parfois même plus que l’étudiant lui-même.
  • L’esprit critique. Il faut pouvoir juger du choix des sources, et aussi initier les étudiants à cette pratique.
  • L’autonomie. Bien que Marie-Ève ait des comptes à rendre et des objectifs à atteindre, ses supérieurs lui laissent une grande marge de manœuvre. Cette liberté d’action est une des caractéristiques qu’elle préfère de sa profession, mais demande aussi une grande autonomie.
  • L’initiative. Il est important d’être capable de voir où se trouvent les lacunes dans les services aux usagers et quels éléments pourraient les combler ; aussi, savoir se vendre en tant que professionnel et en tant que ressource. Il importe donc de communiquer avec les collègues et les professeurs afin de connaître leurs champs d’expertise et pouvoir mettre en valeur nos services.
  • La créativité. Celle-ci est indispensable pour être en mesure de proposer des projets uniques et pour trouver des solutions aux problèmes en apparence insolubles. Il faut être flexible et savoir sortir des sentiers battus.
  1. Selon vous, quelles tâches pourraient ou devraient être transférées sous la responsabilité des bibliothécaires universitaires ?

La tâche actuelle est très valorisante, selon Marie-Ève, mais quand on se compare avec nos collègues du côté anglophone, on réalise que les bibliothécaires pourraient être plus investis dans les activités de recherche dans les universités francophones. Ce n’est que lors du dernier congrès annuel de la CAPAL, en discutant avec ses homologues, que Marie-Ève a appris à plusieurs d’entre eux que les bibliothécaires francophones en milieu universitaire n’avaient pas de mandat de recherche. Pour l’instant, ce qui s’apparente le plus à de la recherche, ici, ce sont des journées de réflexion organisées par les bibliothécaires. Bien que cela chamboulerait grandement les statuts, définitions de tâches et horaires de travail, tant pour les bibliothécaires que pour les techniciens, Marie-Ève croit qu’il serait intéressant de développer davantage la recherche d’ici en bibliothéconomie dans le milieu professionnel, pour développer une meilleure connaissance du milieu québécois et pour avoir accès à plus de recherche en français.

  1. De votre point de vue, quelle est la situation de la recherche en bibliothèque universitaire ?

Comme expliqué dans la réponse précédente, il y a moins de recherche du côté francophone dans le domaine de la bibliothéconomie en milieu professionnel. Ainsi, la voix des francophones et peu entendue et notre réalité moins diffusée.

  1. Quels sont les défis auxquels feront face les bibliothécaires universitaires dans les prochaines années ?

Selon Marie-Ève Ménard, il y en a plusieurs ! Celui qui semble être le plus important, à cause de ses nombreuses répercussions, est celui de la transition vers le numérique. Cet état fait surgir de nombreuses questions sur le droit d’auteur, sur le libre accès et sur la gestion des données de recherche. Elle parle aussi de l’utilisation des collections, et donc, des espaces : les usagers s’attendent de plus en plus à tout trouver en ligne, alors que c’est rarement possible. Survient collatéralement l’exode des collections papier, dans le but de fournir des espaces de travail : le troisième lieu. Marie-Ève mentionne finalement l’importance, pour les bibliothécaires, d’aller de l’avant, de s’imposer en tant que spécialistes et accompagnateurs afin d’instaurer ces changements. D’ailleurs, le bibliothécaire doit aussi évoluer en regard de ces défis : être à l’avant-garde, être créatif (surtout pour gérer les coupes budgétaires), se tenir à l’affût des innovations !

  1. Que pensez-vous de la CAPAL ?

Coup de cœur pour l’Association de la part de Marie-Ève : une communauté qui réfléchit sur les enjeux actuels, une association centrée sur la pratique, composée de gens accessibles. Il s’agit d’un bon lieu de réflexion sur la bibliothéconomie universitaire, sur des questions qu’on n’a pas toujours le temps de se poser au quotidien. Pour un montant peu élevé, l’Association permet de voir ce qui se fait ailleurs, se comparer, se remettre en question, se conforter, s’améliorer. Seul bémol… un manque de francophones dans l’Association.

À cet égard, nous profitons de cet article pour vous inviter à prendre part au prochain congrès annuel de l’Association qui aura lieu à l’Université Ryerson à Toronto du 30 mai au 1er juin prochain. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une de ces rencontres que Marie-Ève a eu la piqûre pour ce regroupement !

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Auteur : CAPAL EBSI

La CAPAL-EBSI veille au développement professionnel et aux intérêts des étudiant(e)s de l'EBSI intéressé(e)s par la bibliothéconomie universitaire.

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